Sauteurs de Mur Le mur de Berlin à 20 ans

Un reportage réalisé pour le journal Le Monde

> Regardez le portfolio sur Le Monde.fr
....................................................................................................

J'ai marché durant quatre jours sur la trace du mur de Berlin. Les Berlinois, Allemands et Européens, franchissent cette ligne invisible quotidiennement, et j'ai fait le portrait des rencontres de ces "sauteurs de mur" innocents.

....................................................................................................

espace

Ma marche commence à "Mauer Park", le parc du mur, un ancien no man's land transformé en espace vert entre la Behmstrasse et la Bernauer Strasse. Le parc est vide entre deux ondées et seul Steffen, originaire du Danemark, le traverse lentement, passant sur cette photo d'Ouest en Est.

espace

À l'intersection de Strelitzerstrasse et Bernauerstrasse, je rencontre Carsten, qui avait 7 ans lors de la chute du mur et le voyait de chez lui à Berlin-Ouest. Il regrette qu'il ne reste pas plus de morceaux de mur, c'était une excellente surface pour taguer. À l'emplacement où je le photographie, des étudiants qui avaient fui l'est construisirent depuis l'Ouest le "Tunnel 57" par lequel 57 Berlinois de l'Est s'échappèrent, le 3 et 4 octobre 1964.

espace

Quand le mur est tombé, Christianne avait 11 ans et habitait près de Hambourg. La voici devant le mémorial du mur de Berlin, dans la Bernauerstrasse. Cette rue fut coupée en deux brutalement par le mur le 13 août 1961, séparant familles, amis et voisins. Dix personnes au moins furent tuées dans cette zone en tentant de passer à l'ouest..

espace

Les ombres s'allongent et je marche dans une forêt de bouleaux, probablement jeunes de 20 ans. C'est l'ancien no man's land entre Chausseestrasse et Gartenstrasse, transformé en parc. Thomas, berlinois de l'Est avant la chute du mur, traverse ici cette zone entre l'ancien secteur français de l'Ouest et Berlin Est, le secteur russe.

espace

Je pénètre dans le cimetière de la congrégation française, sur Liesenstrasse, et trouve l'un de ces rares morceaux de mur conservé dans Berlin. Quelques dizaines de mètres plus loin se trouvait le poste frontière de Chausseestrasse. Il permettait aux berlinois de l'Ouest munis de laissez-passer de visiter leurs proches dans le secteur Est.

espace

Je me rapproche du centre administratif flambant neuf de Berlin . Plus aucune trace du mur. Il y a de nombreux touristes, notamment pour visiter la nouvelle et grandiose coupole du Bundestag, le Parlement allemand. C'est là, sur la Konrad-Adenauer-Strasse, que je photographie Helga, bavaroise en vacances.

espace

La trace invisible du mur est dans mon dos et devant moi se trouve la chancellerie fédérale allemande, les bureaux d'Angela Merkel. J'entends des bruits de manifestation. Là où s'étendait un parc au bord du mur, se regroupent maintenant les nouveaux centres du pouvoir allemand.

espace

À la frontière entre les anciens secteur français et russe, sur la Gartenstrasse, je passe sous un vieux pont ferroviaire désaffecté, probablement plus vieux que le mur.

espace

En s'approchant de Potsdamme platz, la ville s'anime de plus en plus. Ce qui était avant 1989 un gigantesque terrain vague, désolé et coupé par le mur, est maintenant l'un des centres les plus modernes de Berlin . J'y photographie Andreas, Berlinois de l'Ouest lors de la chute du mur, traversant la place en direction de l'ancien secteur anglais de Berlin Ouest.

espace

Sur la Niederkirchnerstrasse, je longe les vestiges de la guerre froide mais aussi ceux du nazisme. Au pied d'une partie conservée du mur, des ruines marquent l'ancien siège de la Gestapo et des SS.

espace

Magdalena avait 8 ans quand le mur est tombé, et vivait à Francfort. Elle est ici dans la Zimmerstrasse, où fut abattu Peter Fechter le 17 août 1962 par les gardes-frontières de RDA tandis qu’il essayait de franchir le mur pour gagner Berlin-Ouest.

espace

Depuis l' Axel Springer Strasse, ancien no man's land, j'aperçois la Fernsehturm, voilée par la pluie. Me voila confronté à cette tour, symbole de Berlin-Est et construite entre 1965 et 1969. Elle est aujourd'hui un repère rétro et touchant de la ville réunie.

espace

Carolyn passe d'Ouest en Est en empruntant un tunnel, celui du métro entre la station Heinrich-Heine-Strasse et Moritzplatz. Elle avait 9 ans quand le mur est tombé et habitait à l'Ouest. En surface, le poste frontière Heinrich-Heine-strasse contrôlait le flux de marchandises et de courriers. Le 18 avril 1962, trois hommes passèrent en force en camion. Le conducteur, Klaus Brüske, mourut un peu plus tard de ses blessures par balle. Le 26 décembre 1965, deux femmes et deux hommes tentèrent une traversée en voiture. Le conducteur fut tué par balle et ses trois compagnons arrêtés.

espace

Je rencontre Cem sous la rue Waldemar. Il est né un an après la chute du mur. Au bout de ce tunnel, commence l'ancien Berlin Ouest et Kreuzberg, le quartier des immigrants, des artistes et des militants de l'ancien Berlin Ouest.

espace

Dans la rue Heidelberg, le Dr Seibt, journaliste en Bavière, mime le saut de Conrad Schuman. Schuman, Garde frontière de l'Est, âgé de 19 ans, sauta le 15 Aout 1961 par dessus les barbélés de la frontière. Cet instant fut immortalisé par le photographe Peter Leibning, et l'image devint un symbole de la guerre froide.

espace

En métro, je traverse la rivière Spree en direction de l'Est, sur le pont Oberbaumbrücke qui relie les quartiers de Kreuzberg et Friedrichshain. Entre 1961 et 1989, le pont était un poste frontière qui ne pouvait être franchi que par les piétons, de l'Ouest uniquement.

espace

Je marche longtemps à travers des espaces verts, presque toutes les traces du mur ont disparu. Près de l'ancien poste frontière de Sonnenallee , à la station de S-Bahn Köllnische Heide, je rencontre Kadi. Il avait 2 ans et vivait à Berlin Ouest quand le mur est tombé. Nous attendons ensemble le prochain train pour revenir dans le centre ville.